Le nationalisme québécois : 40 ans d’imposture !

Note : Voici un texte qui nous ravi car il dit ce que nous pensons bien mieux que nous ne pouvons le faire.  Une seule petite différence : L’auteur utilise le terme Canadiens-Français pour ceux que nous appelons simplement les Canadiens.

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Source :  Le nationalisme québécois : 40 ans d’imposture ! (Vigile.net)

Robert Chevalier de Beauchesne (pseudo)
Tribune libre de Vigile
mercredi 10 juin 2009

Réponse à Nestor Turcotte, à Pierre Bouchard, à Marie-Mance Vallée, à Robert Laplante, à Mathieu Bock-Côté et à combien d’autres ?

« Quid rides ? De te fabula narratur. »
Tu ris ? C’est pourtant de toi dont parle cette histoire.
Horace

Ce n’est un mystère pour personne : au Québec le nationalisme est en panne. En voyant depuis près de quinze ans les souverainistes incapables de trouver un projet ou une approche susceptible de les sortir de l’apathie, on doit admettre que le mal est profond. À dire vrai, le cœur ne semble plus y être du tout. Et même si les militants s’agitent encore le temps d’une élection ou d’une commémoration malheureuse, l’option souverainiste ne dépasse pas la barre des 40% d’appui populaire. À l’évidence, le nationalisme québécois ne suscite plus la passion.

Si vous refusez ce constat, si les succès du Bloc ou du PQ vous satisfont, et si surtout vous êtes l’un de ceux qui espérez encore qu’un énième plan vous mènera jusqu’au « Grand Soir », ne prenez pas la peine de me lire. Mais si au contraire, vous déplorez l’indifférence qui gagne la population face à la question nationale, si vous cherchez à comprendre comment on a pu en arriver là, ce texte vous interpellera peut-être, du moins est-ce là son but.

Rappelons d’abord d’où nous sommes partis. Il y eut une longue vie nationale avant le PQ et, n’en déplaisent à certains, il y en aura une après. En 1968, contrairement à ce qu’on lit trop souvent, une nation est reconnue au Québec depuis plus de 200 ans : la nation canadienne-française. En effet, les termes des capitulations de Québec et de Montréal, la création d’une Province of Quebec en 1763 dont on officialise le particularisme religieux (catholique) et juridique (français) dès 1774, la division du Haut et du Bas-Canada en 1791, l’échec de l’Union de 1840 comme moyen d’assimilation, le choix d’une fédération en lieu et place d’un État unitaire en 1867, de même que la singularité législative, linguistique et judiciaire inscrite dans la constitution du Québec (et oui ! elle existe déjà au sein de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique) ne s’expliquent que par l’existence d’une nation suffisamment combative pour obtenir, en vertu du droit, des accommodements de la part de l’Empire britannique. Une reconnaissance certes imparfaite, mais néanmoins bien réelle : le Québec fut constitué en tant que seul et unique État où les Canadiens-Français puissent jouir de prérogatives politiques et juridiques adaptées à leur nationalité et c’est pourquoi la minorité anglaise y demeura si bien protégée.

Cette reconnaissance fut obtenue parce que les Canadiens-Français ne doutaient ni de leur origine, ni de la valeur de leur héritage franco-catholique, ni surtout de leurs droits qu’ils cherchèrent toujours à mieux définir et à mieux faire respecter. Et si on vit longtemps l’allégeance politique des nationalistes canadiens-français se partager entre Ottawa et Québec, c’est que se sachant descendants des premiers Canadiens, ils eurent longtemps du mal à faire le deuil des Grands-Lacs et du Nord-Ouest. Mais avec le temps, après la pendaison de Riel et l’adoption de lois anti-françaises dans les provincescanadians, il devint plus évident pour nombre de Canadiens-Français que la province de Québec constituait leur véritable patrie. Cette idée phare chemina tout au long de la première moitié du XXe siècle en dépit du regain d’orgueil national inspiré par les succès d’un Wilfrid Laurier à Ottawa et malgré la grande séduction exercée par la pensée d’Henri Bourassa en faveur d’un Canada indépendant, binational et bilingue. Même confrontée, après la Seconde Guerre mondiale, à une centralisation fédérale sans précédent, une centralisation menée par le Parti Libéral et soutenue notamment par les membres de la revue Cité-libre, l’idée d’un État national pour les Canadiens-Français résiste grâce à l’autonomisme de l’Union nationale, pour se radicaliser enfin à partir de 1957 avec la fondation de l’Alliance laurentienne, du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) ou du Ralliement national. C’est dans cette foulée que Daniel Johnson père, chef de l’Opposition officielle peut écrire en 1965 :

« Si les provinces anglaises tendent de toutes leurs forces à faire d’Ottawa leur gouvernement national, je ne vois pas pourquoi nous voudrions les en empêcher. Le droit à l’autodétermination existe tout aussi bien pour la nation canadienne-anglaise que pour la nation canadienne-française. […] [I]l n’est pas moins clair queles Canadiens français veulent faire du Québec leur État national. Et encore là, je ne vois pas pourquoi on voudrait les en empêcher. C’est un phénomène logique qui puise son existence aux sources de la culture. » Tiré de Égalité ou indépendance, 1965

C’est aussi pourquoi en 1967, le président de Gaulle n’hésite pas à cautionner à la face du monde, le droit à l’autodétermination des Canadiens-Français par son fameux « Vive le Québec libre ! …Vive le Canada-Français ! ». Et c’est enfin la raison pour laquelle, toujours en cette année-là, les participants aux États généraux du Canada français purent solennellement proclamer :

AYANT CONVENU que les Canadiens-Français constituent un peuple de près de six millions d’âmes, possédant en propre une langue, une culture, des institutions, une histoire et un vouloir-vivre collectif, que ce peuple, répandu par tout le Canada, est concentré avant tout dans le Québec, que ce peuple dispose dans le Québec d’un territoire et d’un État dont les institutions reflètent sa culture et sa mentalité, que la vie et l’épanouissement du peuple canadien-français s’appuient sur l’autorité politique, l’influence économique et le rayonnement culturel du Québec, ET NOTÉ que la Charte des Nations unies exige « le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes » (article 1er, par. 2) ; AFFIRMENT QUE 1° Les Canadiens-Français constituent une nation. 2° Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation. 3° La nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre. Tiré de L’Action nationale, février 1968

En 1968, les nationalistes en étaient là. Leur position était claire, nette, sans équivoque aucune. La lutte avait été longue, les adversaires tenaces à brouiller les esprits et à culpabiliser les cœurs, mais on avait dégagé le terrain pour s’engager résolument dans le dernier droit. Enfin pouvait naître un parti qui entende donner un pays aux Canadiens-Français, un parti qui puisse faire de la vieille province de Québec, un Canada-Français égal en droit et en légitimité au Dominion du Canada.

C’eut été trop simple.

On le sait, le Parti québécois fut fondé et il préféra faire reposer la lutte nationale sur l’affirmation de la souveraineté du territoire québécois, voire sur celle de l’ensemble des citoyens canadiens qui l’habitent : les Québécois, dès lors promu au rang de nation distincte. Ce pari était risqué car si en 1968 le Canada jouissait d’une reconnaissance internationale dont il eut été possible de faire bénéficier un Canada-Français en tant que nation sœur du Canada anglais, le Québec, peu connu, n’était en soi qu’une réalité provinciale. Par ailleurs, même si cette province était perçue comme la patrie des Canadiens-Français, le terme « Québécois » n’avait jusque là désigné rien d’autre que les habitants de la ville de Québec ou de sa région. Cela faisait quelques années à peine que le vocable gagnait en faveur auprès des jeunes intellectuels. C’est dire qu’en abandonnant le référent canadien-français, on ne se rendait pas la tâche plus facile. Pour promouvoir l’indépendance, on fit le singulier choix d’imposer un brutal changement d’identité, de « québéciser » les Canadiens-Français sans craindre l’opposition et la confusion que cela pouvait provoquer ici ou ailleurs. Car l’identité canadienne-française était profondément enracinée. Encore aujourd’hui pour bien des Américains, pour la chanteuse Madonna par exemple, c’est toujours sous le nom de French Canadians que nous sommes connus.

Qu’importe, ce qu’on voulait par-dessus tout, c’était rompre avec le passé. Et quand on veut noyer son chien … Les ténors du PQ furent à ce propos si efficaces à couper les ponts, si âpres à noircir l’histoire canadienne-française qu’aujourd’hui, la seule idée d’une nation canadienne-française est maintenant devenue presqu’inconcevable, un véritable tabou. Bien pire, on sait maintenant qu’être qualifié ne serait-ce que « d’origine canadienne-française » est devenu injurieux pour plusieurs, car cette appellation serait à connotation raciste ! Et Monsieur Jacques Parizeau lui-même d’en rajouter. Dans Le Journal de Montréal du 11 juin 2008, il osait affirmer que tenter de définir le Québécois de souche en le qualifiant de Canadien français,

« c’est faire fausse route complètement. […] Est-ce que ça veut dire que les descendants d’Écossais et d’Irlandais, pourtant de souche, ne sont pas des Canadiens français ? Comme les frères Daniel et Pierre-Marc Johnson ? Là, on serait en train de discuter de pureté de la race ! »

Pour saisir tout le mensonge de cette accusation, il faut savoir que le père de ces deux frères Johnson ici mentionnés, n’est autre que Daniel Johnson père, l’ardent défenseur de l’auto-détermination des Canadiens-Français cité plus haut… Et c’est là un homme qui a travaillé avec François-Albert Angers et Esdras Minville, des piliers de la Ligue d’Action nationale qui se prête à ce petit jeu destructeur. Que dire d’autre sinon « Ô vieillesse ennemie ! »

Bernard Landry n’est pas en reste, lui qui précise dans une autre édition du Journal de Montréal, celle du 14 novembre dernier :

« Ressusciter l’appellation de « canadiens-français » est une autre aberration. Cette expression est complètement inappropriée aujourd’hui. À ma propre table familiale comme dans nombre de foyers québécois, cette appellation est devenue divisive. »

Se dire Canadien-Français serait une aberration ! Landry est né Canadien-Françaiscomme son père et son grand-père avant lui, n’aurait-il donc plus aucun respect filial ? Et en vertu de quoi ce reniement ? Parce que cette appellation serait devenue divisive [sic] à sa propre table ! DIVISIVE !!! Se rend-il seulement compte de ce qu’il désavoue par cet argument ? Car s’il se souciait autant des chicanes de familles, pourquoi donc alors avoir tant moussé une souveraineté pour laquelle on s’entredéchire depuis 40 ans ? Pour lui assurer une retraite dorée de grand-papa gâteau peut-être ? « À hauteur d’homme », ce ne devrait pas être si bas.

Dites-vous bien qu’une répudiation aussi catégorique est probablement unique dans l’histoire, car au moment de se constituer un État national, un peuple ne renie pas son passé identitaire au profit d’une identité territoriale. Ainsi les Slovènes de la Carniole ont fondé la Slovénie plutôt que de devenir des Carniens ou des Carniolois. De même, les Lettons de Livonie ont fondé la Lettonie, les Tchèques de Bohème-Moravie, la République tchèque et les Slovaques, la Slovaquie. Et si d’aventure certains États ont été rebaptisés, tels que le Ceylan ou le Congo belge, ils ne le furent que pour mieux marquer une distance avec la colonisation. Ce qui, dans notre cas, est d’autant plus troublant puisque le nom de Province of Quebec, est foncièrement de nature coloniale ! Pour les Britanniques, ce nom n’a jamais eu d’autre emploi que de bien marquer notre assujettissement, notre dépossession, notre enclavement dans un territoire par eux seuls circonscrit.

De ce point de vue, c’est en devenant Québécois que nous avons fait le jeu de l’Anglais. Ainsi nous faisions en sorte que le Canadian se trouve seul détenteur de l’identitaire canadien. De nation fondatrice, nous sommes passés -de notre propre fait !- au rang de simple entité régionale. C’est à ce point évident pour le Gouvernement du Canada peut désormais, sans même craindre de menacer l’unité nationale, reconnaître les Québécois comme « nation » au même titre que les Nations autochtones ou que d’éventuels autres particularismes provinciaux. Des PROVINCIAUX, voilà ce que nous sommes devenus. Voilà comment on nous perçoit à l’extérieur et fort probablement comment nous considère le président Sarkozy. Pourquoi diable en serait-il autrement ? Bretagne, Corse ou Québec, c’est un même combat régionaliste. Que dites-vous ? Ce n’était pas ce que pensait le Général de Gaulle ? Mais à l’époque nous étions Canadiens-Français et il était alors concevable, je dirais même tout naturel, de nous considérer comme les égaux desCanadians… Nous aurions dû mieux lire notre histoire sainte : il n’est jamais avantageux de céder son droit d’aînesse.

En privilégiant une nationalité territoriale, administrative, une appartenance à la province de Québec, nous défendons une souveraineté et un droit de sécession qui demeurent juridiquement contesté et contestable. En s’identifiant à une seule province, nous faisons en effet reposer la légitimité de notre lutte sur une souveraineté partielle, fragmentaire. Car au Canada, la souveraineté – la Couronne – est incontestablement partagée entre le fédéral et les provinces. Plus que cela, cette souveraineté provinciale ne peut remonter plus haut que 1763 : contrairement au Canada, the Province of Quebec est une pure émanation de la Couronne britannique. Aussi, quand bien même la souveraineté et le droit à la sécession du Québec seraient reconnus, comprenons-nous bien qu’une éventuelle indépendance ne serait celle que d’une ancienne colonie anglaise ou si l’on préfère celle d’une nation que cette colonie aurait fait naître depuis 1763 ? Si nos ancêtres entendaient cela, ils se retourneraient dans leur tombe. Jamais ils n’auraient pensé ainsi, jamais ils n’auraient toléré qu’on présente les choses de cette façon, car leur existence transcendait tous les régimes politiques. Canadiens-Français, ils avaient existé avant l’Anglais et le Québec, Canadiens-Français, ils ne se considéraient certainement pas créatures de la Conquête ou tributaires d’une simple province de l’empire britannique !

Je le répète, une telle démission est unique dans l’histoire. Un Basque ou un Kurde se bat pour l’indépendance de son peuple, pas pour celle d’un territoire donné, et jamais aux cours des siècles, il n’aura pensé jouer au plus fin en s’identifiant à une enclave territoriale définie et baptisée par ses propres conquérants.

C’est pourtant en toute logique ce que conclut le nationalisme québécois et c’est en vertu de ce raisonnement que nous nous sommes imposé une démarche référendaire quasi impossible à gagner. Il est indéniable que si nous recherchons l’indépendance du Québec, tout citoyen québécois est concerné, quelle que soit son origine. Mais, il en serait tout autrement si c’était de l’indépendance des Canadiens-Français, celle du Canada-Français dont il était question. Qui serait alors concerné ? Les Canadiens-Français et eux seuls. Précisément ce que proclamaient les États généraux du Canada-Français en 1967. Est-ce donc si choquant ? Demandez-vous pourquoi ce l’est tant aujourd’hui, cherchez la clause du testament d’Adam selon laquelle les Canadiens-Français n’auraient pas droit à un pays ; mais quel est donc le crime pour lequel ils devaient renier jusqu’à leur nom ? Demandez-vous donc quels intérêts nous servions vraiment en devenant Québécois ?

On me rétorquera sans doute qu’il est inutile d’en discuter davantage, que ce changement d’identité a depuis longtemps reçu l’approbation populaire, notamment par la victoire du PQ en 1976. Mais est-on bien sûr de ce que les Canadiens-Français appuyaient alors ? Est-on bien certain qu’ils savaient jusqu’où cela les mènerait ? Il ne faut jamais oublier, comme le rappelle Guy Rocher dans Le Devoir du 16 avril 2007, qu’au début « Le Québec aux Québécois » signifiait pour la plupart « Le Québec aux Canadiens-Français ». Je soupçonne d’ailleurs les plus de 50 ans de toujours faire, à peu de chose près, la même adéquation. Dans leur tête, cela va de soit. Et bien, qu’ils se détrompent. Être Québécois ne reflète plus aujourd’hui la même réalité qu’hier. Et cela a des incidences politiques majeures. Croyez-vous vraiment qu’à la campagne de 1970 ou celle de 1973, on aurait pu vanter cette belle nation québécoise, civique et interculturelle, cette nation où, comme le désire Pauline Marois, les enfants auraient l’insigne honneur d’apprendre l’histoire et la géographie en anglais ? Non, on n’aurait jamais cautionné une telle chose. Si les Canadiens-Français des années 1970 avaient su que devenirQuébécois signifiait brader leur nationalité et leurs droits historiques, que bien pire, c’était favoriser l’anglicisation de leurs enfants, jamais ils ne l’auraient accepté.

D’autres diront pourtant que nous n’avions pas le choix, qu’il nous fallait devenir Québécois pour cesser d’être une minorité. Motif absurde, car en faisant correspondre les limites du Canada-Français avec celles du Québec, on cessait tout autant de l’être : les Canadiens-Français devenaient majoritaires au Canada-Français. On avancera alors qu’on voulait être par là plus inclusif : motif assez faible, puisqu’en établissant un Canada-Français, tous ses citoyens seraient devenus ipso facto Canadiens-Français qu’ils soient d’origine étrangère ou non. Imaginez seulement les douairières de Westmount devant se déclarer French Canadian. Comme douce revanche, ce n’eut pas manqué de piquant ! Quoi d’autre ? Il eut été confondant qu’il puisse exister deux Canadas. C’est pourtant là un legs de l’Histoire, la preuve éclatante de notre force de résilience, une réalité historique qu’un Maurice Séguin n’aura cessée d’analyser. Et puis quoi, combien de Guinée, de Guyane, de Congo dans le monde, deux, trois ? Il y a deux Luxembourgs, deux Zélandes, deux Russies : croyez-vous que les Russes-Blancs, les Biélorusses, se sentent un temps soit peu gênés de se savoir voisins des Russes ? Cela n’est pas sérieux.

Que reste-t-il ? Un Canada français ou francophone aurait existé, patrie virtuelle englobant tous les Canadiens francophones a mari usque ad mare. Argument à première vue plus solide, puisque le sort des Canadiens-Français hors Québec a servi pendant plus d’un siècle à exercer sur nous un chantage émotif : un million de personnes, ce n’est pas rien. Mais à bien y regarder, cette population ne forme qu’une diaspora. Toute nation vigoureuse possède une diaspora. C’est une force positive, une présence outre frontière qui témoigne de la vitalité d’une culture …rien de plus. La diaspora irlandaise présente dans l’ensemble du Royaume-Uni a-t-elle fait de l’Irlande un pays virtuel ? Non. A-t-elle empêché l’indépendance de l’Irlande ? Non plus. Et a-t-on pensé céder un tant soit peu de l’identité irlandaise du fait qu’une partie des Irlandais refusaient l’indépendance ou que l’Irlande du Nord, que l’Ulster, restait britannique ? Certainement pas.

Tous ces arguments sont fallacieux ! Depuis Henri Bourassa jusqu’à Trudeau, ils n’ont servi que le chimérique Canada binational et bilingue des Libéraux, une utopie dont les nationalistes n’étaient plus les dupes en 1967. Les résolutions des États généraux du Canada-Français en sont la meilleure preuve. Pourquoi donc alors les Péquistes les ont-ils repris, les ont-ils avalisés, nous les ont-ils resservis pour mieux déconsidérer notre nationalité réelle, ethnique, c’est-à-dire culturelle et historique, la seule qui pouvait nous permettre de nous référer au principe du droit à l’autodétermination des peuples ? Pourquoi ? Je ne vois rien d’autre que le mépris des élites péquistes pour cette nation. Le PQ tenait en exécration, cherchait à extirper ce qui fondait le nationalisme des Canadiens-Français : la famille, la religion, le conservatisme social. Et leur souverainisme n’aura jamais eu d’autre but.

Il faut dire que cette attitude ne datait pas de 1968. Chez les intellectuels et les artistes – du moins ceux d’obédience libérale- le nationalisme canadien-français n’a jamais eu bonne presse. Trop viscéral sans doute, mais …néanmoins utile. Déjà au XIXe siècle, on avait vu les chefs patriotes se servir de ce nationalisme bien plus pour défendre des idéaux démocratiques que pour libérer les leurs de la domination anglo-saxonne. C’est si vrai que la déclaration d’indépendance du Bas-Canada de 1838, INSTITUAIT UN PAYS BILINGUE !!! C’est si vrai qu’après l’échec des Rébellions, Papineau lui-même jugea préférable de s’annexer aux États-Unis. C’était la manière la plus rapide, la plus définitive de réaliser ce qui comptait le plus à ses yeux : DEVENIR REPUBLICAIN, qu’importe les conséquences ! De même, l’opposition acharnée des Rouges à la Confédération, leur « nationalisme » souvent virulent, fut d’abord motivé par le fait que le Canada anglais était alors monarchiste et conservateur. Dès que la tendance s’est inversée, dès que les libéraux progressistes ont pu dominer sur la scène fédérale, ces Rouges canadiens-français sont devenus de plus en plus fédéralistes, de plus en plus centralisateurs. C’est ainsi que pour leurs héritiers, les Libéraux du milieu du XXe siècle, pour Cité-librenotamment qui regardait avec bienveillance la libération de l’Algérie ou la révolution cubaine, l’autonomisme provincial n’est plus qu’un obstacle gênant. Quant au nationalisme canadien-français, c’est pour eux une véritable tare, une sorte d’inaptitude à la démocratie qu’on se devait de traiter par une intégration plus étroite à la démocratie canadienne… Pour son bien, pour le bien de tous, le Canadien-Français devait s’effacer pour faire place à un homme nouveau.

Aussi curieux que cela puisse paraître, les premiers dirigeants péquistes –attention, pas les premiers indépendantistes- sont issus de ces milieux libéraux des années 1950. Ils adhèrent aux mêmes idées. Le Canadien-Français est jugé d’office irréformable : imaginez, il va à la messe et vote majoritairement unioniste… Il fallait le transformer à tout prix afin qu’il puisse bénéficier des bienfaits de la modernité… Du temps de Maurice Duplessis, le salut ne pouvait venir que d’Ottawa. Mais survient sa mort en 1959 , puis la chute de l’Union nationale ; enfin les Libéraux provinciaux peuvent faire de l’État québécois le vecteur privilégié de la transformation tant souhaitée, cette rénovation sociale, cette fameuse « Révolution tranquille ». Cependant, comme cette dernière allait de pair avec la radicalisation du nationalisme canadien-français tendant de plus en plus vers l’indépendance, les Libéraux en viennent à se diviser. Ceux qui, comme Trudeau, restent fidèles au libéralisme canadian, refusent tout compromis et comptent noyer le Canadien-Français dans un Canada multiculturel et bilingue. D’autres plus pragmatiques, comme Robert Bourassa, bien que respectueux du cadre fédéral, jugent néanmoins utile de s’appuyer sur ce néo-nationalisme, de l’entretenir, de l’encourager parfois, afin de mieux défendre des compétences provinciales parfaitement en mesure de servir la doctrine libérale. Plusieurs enfin, René Lévesque à leur tête, jugent possible de s’arrimer plus étroitement à l’indépendantisme, de le réorienter et de le redéfinir, afin de faire d’une éventuelle souveraineté(-association), l’outil ultime permettant l’inscription la plus parfaite de la société canadienne-française dans la modernité libérale. Pour l’essentiel, c’est ça le PQ. Au mieux se permettra-t-il un temps d’être de tendance plus social-démocrate.

Comme les chefs patriotes et les Rouges du Bas-Canada, le PQ a sciemment canalisé le nationalisme canadien-français à des fins idéologiques. À l’exemple des Libéraux fédéraux, les Péquistes n’ont eu aucun scrupule à sacrifier la nationalité canadienne-française pour asseoir leur projet de société. À une différence près cependant, plutôt que de servir à l’édification d’une nation canadienne multiculturelle, officiellement et juridiquement bilingue, les Canadiens-Français devaient, pour les Péquistes, permettre la création d’une nation québécoise interculturelle officiellement francophone mais juridiquement bilingue. 40 ans après, la similitude des deux projets crève les yeux. Le Québec qui se construit depuis 1968 n’est rien d’autre qu’une copie réduite du Canada libéral.

Est-ce donc si étonnant qu’aujourd’hui parmi les nationalistes sincères, le cœur n’y soit plus ? Tant que les anciens militants, ceux-là qui furent gagnés à la cause par les Barbeau, D’Allemagne, Chaput, Bourgeault, ceux-là qui gardèrent l’intime conviction que pour l’essentiel, Canadien-Français = Québécois, tant que ces anciens militants restèrent actifs, tout alla relativement bien. Le PQ décevait toujours, tant par ses propos que par ses manières, mais pour le bien de la « Cause », on acceptait encore et toujours de le soutenir. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Les déceptions sont trop grandes. Les dirigeants du PQ tel François Legault, ne cachent même plus leur manque de conviction. Bien plus, les militants de la première heure se retirent, incapables de transmettre le feu qui les animait lorsqu’il s’agissait de libérer les Canadiens-Français. Et pour cause, il n’est précisément plus question d’en parler, pas même d’évoquer la mémoire des Canadiens-Français ! Remarquez bien, le péquisme n’aura eu véritablement d’allant que tant qu’il combattait les valeurs canadiennes-françaises, tant que ces dernières n’étaient pas totalement extirpées de la société. C’est chose faite aujourd’hui, et curieusement, le souverainisme du PQ s’en va à vau l’eau. Et on a de plus en plus de mal à distinguer un péquiste d’un libéral… Cela vous surprend-il encore ?

La « dénationalisation tranquille » dénoncée par certains, la « trudeauisation » du souverainisme que déplorent quelques autres, dominent non pas depuis 1995, mais bel et bien depuis la prise de contrôle du mouvement indépendantiste par le PQ en 1968. Ce n’est pas le fait d’une minorité et ce n’est pas fortuit. Le péquisme constitue un formidable détournement du nationalisme canadien-français au profit d’un nationalisme nouveau, civique et territorial, un nationalisme devant servir le progressisme libéral et incidemment… ses défenseurs. Rien d’autre.

À ce propos, quelle meilleure démonstration que les agissements du Bloc en décembre dernier, lui qui aurait soutenu un gouvernement libéral/néo-démocrate placé au pouvoir du fait de l’arbitraire régalien de la Gouverneure générale du Canada ! Le gouvernement conservateur est pourtant le représentant légitime des Canadians, le véritable interlocuteur du Québec. Si on excepte en effet les 75 députés fédéraux du Québec, on constate que 57% (133 sur 233) des députés élus par le Canada anglais sont conservateurs ! De quel droit alors le Bloc entendait-il défaire ce gouvernement ? De quel droit se faisait-il juge du bien-fondé du conservatisme canadian ? Parce que loyal sujet de sa Majesté, Gilles Duceppe saurait mieux que quiconque ce qui convient à l’ensemble du pays… allons donc ! Que dites-vous ? parce que le Québec n’entérine pas la vision des Conservateurs ? Mais alors, c’est tant mieux ! Sous un gouvernement conservateur, un fossé ne peut que se creuser et la séparation devenir d’autant plus inévitable. Mais au fait, est-ce bien la séparation que le Bloc recherche toujours ? Car si c’est le cas, pourquoi diable vouloir s’aliéner le reste du Canada, notre éventuel voisin ; pourquoi diable vouloir donner le pouvoir à un Stéphane Dion résolument hostile à la souveraineté du Québec ; pourquoi affaiblir sa propre position politique en soutenant un gouvernement de coalition plus en accord avec les valeurs québécoises, un gouvernement susceptible de faire élire au Québec plus de députés que les Conservateurs lors d’une prochaine élection ? Pourquoi ? Parce qu’en réalité, tout comme le PQ, le Bloc ne fait qu’une seule chose sous couvert du nationalisme québécois, il sert le progressisme libéral.

J’en vois qui s’agitent, qui s’étouffent, qui m’abreuvent d’injures pour oser remettre en question leur mouvement, leur parti, que dis-je, leur beau Québec imaginaire. Ce dernier n’est pourtant qu’une simple entité coloniale devenue provinciale, un État oui, mais qui a marqué notre réduction, notre dépendance. Être Québécois, c’est naître conquis en 1763 des ruines de 1760, c’est renaître subordonné en 1867 des suites de l’annexion de 1840 ! Comme c’est exaltant ! Ce l’est tellement qu’un certain Luc Archambault nous invitait déjà en 2008 à fêter le 250e anniversaire de naissance d’une nation québécoise souveraine ! La défaite des plaines d’Abraham serait ainsi notre véritable acte fondateur ! Être Québécois, ce serait avoir Wolfe et ses hommes comme libérateurs !!!

Rendus là, ne trouvez vous pas un peu ridicule de se plaindre d’un supposé détournement du 400e anniversaire de Québec ou d’une reconstitution festive de 1759. Coucou ! Réveillez-vous les amis. En devenant Québécois, nous n’avons pas fait qu’abandonner leÔ Canada, nous avons cédé en partage toute la Nouvelle-France, car personne ne peut nier que le Canada naisse aux XVIe et XVIIe siècles. Et avis aux forts en thème : on peut bien savoir encore que le Canada du Régime français n’est pas celui de 1867, il sera toujours malaisé d’en faire la démonstration surtout lorsque nos principaux lieux historiques sont laissés sous la responsabilité de Patrimoine Canada. Bien pire, en ayant proscrits les vocables « Canada-Français » et « Canadiens-Français » de notre vocabulaire, c’est notre propre lien organique avec la Nouvelle-France qui se trouve difficile à établir. Dîtes-moi seulement qui, des enfants canadians ou québécois pourront se sentir le plus concernés à la lecture des hauts faits des Canadiens de la Nouvelle-France. « En avant Canadiens ! », c’est bien par ce cri que Lévis nous mena à la bataille de Sainte-Foy, non ?

Et tous ces autres qui crient au scandale du fait qu’on finance un super-hôpital anglais, ne savent-ils pas que la minorité anglophone est « québécoise de souche », elle qui est venue s’installer aux lendemains de la Conquête ? Ne savez-vous pas que DE CE FAIT elle a droit à des services en anglais partout dans la belle province ? Ne savez-vous pas que DE CE FAIT le bilinguisme institutionnel au Québec n’a aucunement été remis en cause par le statut de langue officielle accordé au français ? Non franchement, je ne vois pas en quoi vous, les nationalistes québécois, trouvez matière à vous plaindre.

Assumez-vous donc : comme on fait son lit, on se couche.

Des jeunes comme ceux du Collectif Identité québécoise l’ont bien compris, eux qui se donnent pour but d’« explorer, de réfléchir et de participer à la création de l’identité québécoise ». Pour ces jeunes, il est clair que la nation québécoise reste encore à faire ! Je les plains, car même s’ils ont saisi la rupture historique que comporte le concept de « nation québécoise » ainsi que la pauvreté symbolique qui en découle, même s’ils se disent de la première véritable génération de Québécois, ces jeunes ne se rendent pas compte qu’on n’accouche pas d’une identité nationale par simple volonté, par simple caprice : il n’y a que le travail des siècles qui peut faire naître une nation. Ils ne se rendent surtout pas compte que l’identité québécoise n’étant toujours pas fixée, n’importe qui peut y aller d’une définition et que dès lors il faut savoir défendre la sienne. Le pourront-ils seulement ?

Et de fait, les puissants de ce monde ne se gênent pas pour imposer leur définition, les médias les premiers qui militent quotidiennement pour une identité québécoise multiethnique, bilingue, le plus souvent partie prenante du grand tout canadien. De leur côté, les instances politiques du Québec ont souverainement fixé la liste des valeurs nationales : la démocratie, l’égalité homme-femme, la langue française, le respect scrupuleux des minorités. Un florilège fort distinctif… on y voit tout de suite pourquoi il nous faut impérativement se séparer du Canada… Ce dernier n’est d’ailleurs pas en reste, lui qui fait de la nation québécoise rien de moins qu’un élément central de l’unité canadienne ! Franchement, comme bourbier conceptuel, on ne pouvait rêver mieux. Et on se demande encore pourquoi la population a du mal à suivre.

Rendez-vous compte du recul : le Québec est revendiqué par tous, il est récupéré par les uns et les autres ! Le concept de nation québécoise est flottant, une vraie pomme de discorde. Les plus conscients de ce problème voudraient d’ailleurs rallier les nationalistes autour d’un « Québec historique ». Mais c’est quoi ça le Québec historique ? Un pays imaginaire à côté des États-Unis historiques et du Canada historique ? Ça devient carrément risible : jusqu’où ira-t-on pour s’éviter de dire Canada-Français ou Canadiens-Français… Et puis, on peut bien être trois pelés et deux tondus à se convaincre que le Québec doit se définir par l’histoire, ça ne changera rien au fait que le Québec moderne se soit précisément bâti sur le rejet des Canadiens-Français. De ce point de vue, défendre l’idée d’un Québec historique est assurément pire que tout, car on appuie ainsi une réécriture territoriale de l’histoire, une réécriture anachronique visant à québécisernotre passé. Le Québec historique sera le récit indifférencié de la succession des différents groupes ethniques ou sociaux ayant évolué sur les bords du Saint-Laurent depuis la préhistoire. Précisément ce à quoi travaillent nombre d’historiens fédéralistes, notamment ceux de l’Université Laval. Non, loin d’être valable, l’idée d’un Québec historique ne sert que notre acculturation en nous privant d’une histoire nationale. Voyez, rares sont déjà les jeunes qui savent ce qu’est un Canadien-Français. Que pourront-ils bien comprendre des aspirations de leurs grands-parents ? Que comprendront-ils en relisant cet extrait du manifeste du RIN de 1960 ?

« Les Canadiens français constituent une nation dont l’origine remonte à l’époque de la Nouvelle-France. Conquise par la force des armes, isolée de sa mère-patrie, soumise à des tentatives d’assimilation nombreuses et prolongées, la nation canadienne-française a toujours manifesté une indomptable volonté de survivre et de s’épanouir librement en conformité avec ses origines et son génie particulier. […] La première des libertés civiques étant l’indépendance de la patrie, le Rassemblement pour l’indépendance Nationale réclame l’indépendance totale du Québec afin de permettre au peuple canadien-français de choisir librement les voies de son avenir. […] En réclamant l’indépendance totale du Québec, le RIN rejette le pessimisme né de la Conquête et manifeste sa foi en la nation canadienne-française, issue des plus grandes civilisations de l’histoire. » Tiré de Le RIN et les débuts du mouvement indépendantiste québécois, 1974

Il faut se rendre à l’évidence, en rejetant notre identité canadienne-française pour endosser une identité incertaine, nous devenons non seulement étrangers à notre propre histoire, mais nous nous sommes privés de tout sentiment national. Combien distingue-t-on déjà de variations sur le thème du nationalisme québécois ? Car même si le PQ donne le ton, il n’y a pas que lui qui se dise nationaliste, il y a le Parti Libéral, l’Action démocratique du Québec (ADQ), Québec solidaire, le Parti indépendantiste, sans compter les multiples mouvements comme les Sociétés nationales des Québécoises et Québécois ou des Jeunes Patriotes. Stéphane Dion et Denis Coderre eux-mêmes se disent nationalistes québécois ! Et parmi ces gens, combien peut-il y avoir de conceptions de la nation ? Une pléthore assurément. Comment voulez-vous qu’une nation multiforme puisse nourrir un même sentiment d’appartenance ? Comment pourrait-elle constituer le ferment d’une quelconque visée, d’une simple action concertée ? C’est impossible. Au sein d’une telle nation, le concept de bien commun peut-il seulement exister ? Cela n’expliquerait-il pas pourquoi aujourd’hui les intérêts personnels ou corporatifs passent si facilement devant l’intérêt de la communauté ; pourquoi nos hommes politiques sont aussi peu inspirés, pourquoi aucun d’entre eux, pas même un ministre, ne se sent jamais imputable de rien ? 40 milliards ont été perdus !!! et personne ne daigne seulement s’excuser. Songez-y, le caractère équivoque de la nation québécoise est la cause probable du cloaque politique et moral dans lequel nous nous enfonçons depuis des années.

Vous n’êtes pas d’accord, ce n’est pas ce que vous pensez. Et bien tant pis ! Welcome to the real world. Vous aurez beau prétendre savoir ce qu’est un vrai Québécois, dans les faits, en droit, pour les autorités, les institutions, les organismes subventionnés, les médias, pour les élites souverainistes ou fédéralistes, être Québécois en réalité – pas dans votre tête !- c’est simplement habiter le Québec. C’est tout ce qu’au finish, le nationalisme québécois nous aura donné. Oh oui ! Le PQ, 40 ans de victoires !

Il ne faut pas être grand clerc pour savoir qu’habiter un État provincial n’est pas un critère assez déterminant pour susciter un sentiment national, et encore moins pour définir une nation. En ces temps de grandes transhumances, personne ne peut s’identifier à une appartenance qui se définit, s’approprie ou se concède aussi légèrement. Et c’est d’ailleurs pourquoi, en dépit de toute la bonne volonté du monde, les Canadiens-Français du Québec n’y arrivent toujours pas. J’en veux pour preuve les multiples appellations qui ont vu le jour au fil des années : Québécois francophones, Québécois-Français, Francophones de souche, pure laine, d’héritage français, canadien-français, d’ascendance, de descendance (sic), d’origine canadienne-française ou francophone, on a même vu majorité francophone et majorité historique ! Au-delà du ridicule : « Si, si, je suis un Majoritaire historique francophone moi Monsieur ! », ce tâtonnement sémantique démontre bien qu’au Québec demeure une évidence sociologique : LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE EXISTE TOUJOURS. On peut l’affubler de tous les noms, elle reste là. Contrainte à un nationalisme civique, on lui a certes enlevé son nom, ses droits, ses valeurs, son histoire mais elle tente tout de même de préciser à nouveau son identité en se rabattant sur le seul référent qu’on lui concède encore : la langue française.

Ce faisant, elle reconnaît néanmoins sa dépossession du Québec. Devenir Québécois francophones constitue le prélude à notre ultime rapetissement, notre ultime défaite. Vous ne vous en rendez sans doute pas compte, mais être Québécois « quelque chose », devoir se battre pour un Québec français, c’est admettre qu’il puisse y avoir desQuébecs anglais, mohawk, innu, inuit (le Nunavik n’existe-t-il pas déjà ?), alouette, desQuébecs autres tout aussi légitimes que le nôtre. Cela n’avait jamais été le cas auparavant. Car du moment que nous nous considérions Canadiens-Français, une éventuelle séparation concernait l’ensemble du Canada, le Québec étant la plus juste part de la Confédération pouvant revenir à la nation canadienne-française. Mais aujourd’hui, la souveraineté ne concerne que le seul État québécois. Un État qui abrite onze ou douze Nations autochtones, une minorité anglophone dite historique qui s’impose à nouveau et une multitude de minorités ethniques qui participent TOUTES à l’identité québécoise… C’est ça, le Québec que reconnaît le rapport Bouchard-Taylor de même que le projet de constitution de Daniel Turp. C’est ça, la finalité du nationalisme québécois. Comment alors prétendre à un Québec qui soit intégralement français ? Parce que les francophones y sont majoritaires ? Mais jusqu’à quand ? Per capita, le Québec reçoit plus d’immigrants que la France ou les États-Unis ! Et jour après jour, on affirme, on démontre, on martèle que la prospérité, la compétence, que l’avenir du Québec, passe par une forte immigration et une connaissance généralisée de l’anglais. On a beau toujours représenter plus des trois quarts de la population, c’est comme si nous étions déjà morts !

C’est dire que la langue et la culture françaises ne pourront nous donner longtemps un semblant de cohésion. L’attrait de l’anglais est déjà grand chez les jeunes, notamment chez les artistes en quête de nouveaux marchés. N’avez-vous pas remarqué que même chez certains souverainistes, l’attachement à la langue française tend à diminuer. On cite même l’acculturation des Irlandais en exemple. Qu’importe la langue d’usage, tout ce nous qu’il faudrait, c’est se considérer Québécois ou Quebecers

Faut-il rappeler enfin que le Gouvernement du Québec est celui de tous les Québécois, qu’en vertu des chartes des droits et libertés, il se doit d’être particulièrement attentif aux besoins des minorités. D’où la scrupuleuse « bilinguisation » des institutions et des personnes, d’où la discrimination positive, d’où les accommodements raisonnables, d’où les derniers combats pour nous séparer de notre héritage catholique par le biais d’une sécularisation de la fête de Noël ou d’un cours d’éthique et de culture religieuse. Ne vous faites plus d’illusions : le Gouvernement du Québec ne représente plus les intérêts des Canadiens-Français ou des Québécois francophones, il sert une société pluraliste. On vient de nommer un anglophone fédéraliste à la tête de la Caisse de dépôts et placements, le fleuron de notre libération économique et le PQ proteste à peine, pour la forme et du bout des lèvres : qu’ajouter de plus ? En devenant Québécois, nous nous sommes refusé ce que les Pères de la Confédération avaient rendu possible en 1867 et que nous avions mis près d’un siècle à pleinement envisager : un État national qui soit nôtre ! Nous sommes bel et bien faits et refaits.

Là se trouve le cœur de l’imposture : sous prétexte d’ouverture et d’enrichissement, le nationalisme québécois a fait en sorte que le Québec ne réfère plus à la réalité nationale d’une ethnie, d’un peuple incarné dans le sol, dans l’histoire et la culture. Après 40 ans de « nationalisme québécois », le Québec est presque complètement dénationalisé.Québécois n’égale plus Canadien-Français. Le Québec n’est que l’idéalisation d’une société civique dont le progressisme obligé est devenu l’unique objet politique, un objet que chacun comprend, module ou justifie à sa guise. Tout y passe ! La justice sociale, la démocratie, l’égalité, l’environnement, l’économie, la modernité, la culture ! Comme si par essence le Québec en avait l’apanage… Les grands pontifes du souverainisme en viennent presqu’à se convaincre que l’indépendance doit se faire pour le bien de l’univers. Voyez ces pancartes du Conseil de la souveraineté avec le Q de Québec en forme de planète Terre qui promettent : « Un nouveau pays pour le Monde ! » Grands Dieux ! Faudrait-il donc faire l’indépendance pour les autres ? Est-ce nécessaire de préciser que le nationalisme généré par cette « nation conceptuelle » évolue au gré des circonstances, presque des sondages. Il oblige ceux qui s’en réclament à constamment s’adapter. Par la force des choses, la souveraineté est totalement spéculative, elle n’est plus qu’un vœu pieux, un hochet électoral de moins en moins efficace. Et pour cause, plus le temps passe, plus la société modèle prend forme, plus l’idéalisation libéraledevient réalité et moins la souveraineté devient nécessaire. Le Bloc québécois et le PQ s’en ressentent déjà, eux qui, plafonnant dans les intentions de vote, tentent de relativiser l’urgence d’une éventuelle souveraineté. Même plus à gauche, la souveraineté n’a plus autant la cote. Québec solidaire a longtemps hésité avant d’adhérer à l’idée. Il l’a certes fait, mais il est clair que ce n’est là qu’un moyen parmi d’autres d’arriver à ses fins. Quant au nouveau Parti indépendantiste, il va au devant d’une cruelle désillusion, tout comme le fit le parti du même nom né dans les années 1980. On n’a toujours pas compris que l’idée de l’indépendance du Québec est creuse, désespérément creuse. En soi, elle ne se justifie plus parce que depuis 40 ans on la subordonne à toute sorte de considérations politiques, culturelles, économiques ou sociales, parce que depuis 40 ans nous nions la seule réalité nationale qui puisse la fonder :

1° Les Canadiens-Français constituent une nation. 2° Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation. 3° La nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre.

Je ne crois pas me tromper. Deux attitudes auront toujours prévalues depuis 1763 : d’une part vouloir se libérer de la Conquête en cherchant l’émancipation de la nation canadienne-française ; d’autre part, accepter, assimiler, s’approprier la Conquête en en faisant la base d’une société nouvelle. Le nationalisme québécois, en dépit de tout ce qu’on a pu dire ou croire, sert cette dernière option. Le PQ veut, souhaite, désire un Québec de plus en plus pluraliste. Pour le PQ, les Canadians du Québec et tous ceux qui s’y sont associés, avec leurs langues et leurs cultures particulières font partie intégrante de l’identité québécoise.

Vous applaudissez toujours ? Et bien voilà pour moi l’expression d’une parfaite aliénation coloniale. C’est ce qu’espérait Lord Durham et ce qu’assumait Pierre-Eliott Trudeau. Ce n’est rien d’autre qu’une variante de ce nationalisme canadian assimilateur auquel les indépendantistes des années 1960 ont tant voulu échapper. Pour cela, ils ont naïvement cru qu’il suffisait de devenir Québécois… Hé ! Hé ! Échapper à deux cents ans d’aliénation, ça ne pouvait être aussi simple. Relisez Le Canadien français et son doubleécrit par Jean Bouthillette en 1972. On y dépeint admirablement comment, du fait de la Conquête, ou plus précisément de la subordination politique et de l’infériorité économique qu’elle entrainât, le Canadien-Français en vient à développer une telle gêne, un tel ressentiment envers ses origines qu’il se forge une identité farouchement canadian, un double déraciné, bilingue, se disant ouvert au monde et au progrès, un double particulièrement méprisant envers ses semblables et surtout bienheureux de participer à l’avènement d’une humanité nouvelle. Du pur Trudeau… mais ça ne vous rappelle pas quelque chose d’autre ?

Eh oui, le nationalisme québécois a simplement pastiché le nationalisme de Cité-Libre ! Il n’a jamais procédé d’un sentiment de fierté, ce n’est qu’un masque pour oublier qui nous sommes, ce n’est qu’un autre moyen de mieux s’effacer. En devenant Québécois, le Canadien-Français s’est créé un nouvel avatar encore plus conciliant envers l’Autre, un autre double plus déraciné, plus méprisant du passé, assoiffé de progrès, de métissage, de réformes sans fin. Un Québécois qui se veut à la fine pointe de la modernité, qui se veut toujours au summum ! Voyez nos modèles, tous montrent une même voie, le succès, que dis-je, le salut par la dépersonnalisation, la virtualité ou le syncrétisme culturel : Céline Dion, Robert Lepage, Ubisoft ou le Cirque du Soleil.

J’en appelle aux indépendantistes de la première heure : est-ce bien ce que vous vouliez, une nation qui n’aurait d’autre ambition que de se plier au conformisme du divertissement de masse ? Une nation d’amuseurs publics destinés à servir l’impérialisme d’une culture planétaire ou, autrement dit, le pays du « Think big, stie ! », est-ce bien cela que vous vouliez ?

Il n’y a pas d’échappatoire. Pour recouvrer notre passé, notre culture, notre simple dignité, il faut se dire Canadiens-Français à nouveau. Ni Canadian, ni Québécois : CANADIEN-FRANÇAIS. Et ce n’est pas ici une question de supériorité culturelle ou de pureté raciale. Être fier de ses origines, ce n’est pas mépriser l’Autre. Et puis, nous savons tous combien d’Amérindiens, d’Allemands, d’Irlandais, d’Italiens que sais-je encore – les Da Silva ne sont-ils pas ici depuis la Nouvelle-France ? – combien sont nombreux ceux qui se sont assimilés aux Canadiens-Français. Pour mémoire, rappelons seulement que dans les années 1930, les frères O’Leary étaient parmi les précurseurs du séparatisme canadien-français. Non, ce n’est pas une question de supériorité, c’est bien plutôt le contraire. Le Québec s’est bâti sur la haine de soi, sur cette honte maladive de l’infériorité des Canadiens-Français ressentie par nos intellectuels des années 1950. Cette honte de petits parvenus a fini par subjuguer toute notre société ! Depuis trop longtemps nous nous sommes conditionné à nous haïr !

Cela fait 40 ans qu’on crache sur les nôtres, sur notre histoire, sur nos institutions, l’Église catholique la première. 40 ans qu’on nous convainc que nos ancêtres, hormis quelques libéraux, étaient des inférieurs et des soumis, des vendus, des pervers, des fascistes, des ennemis de la culture, du savoir et de la modernité. Tout cela est malsain et particulièrement injuste. Un tel peuple n’aurait pu fonder autant de villages et de villes, coloniser autant de régions, élever et orner autant d’églises, d’hôpitaux et de collèges, sans avoir été d’une force et d’une abnégation exemplaires. Pensez seulement qu’après 1760, il leur a fallu endurer près de 80 ans de misère, d’analphabétisme et d’incurie avant d’obtenir une école qui soit bien leur en refusant celle coloniale, bilingue et « neutre » que voulait leur imposer les Anglais. Certains diront que c’était là la faute de l’Église catholique qui cherchait à mieux asseoir son propre pouvoir. Foutaises ! Croyez vous donc que les Canadiens-Français n’avaient pas de conviction religieuse, que pauvres marionnettes, ils ne comprenaient pas les périls auxquels ils devaient faire face. Ils le savaient bien mieux que nous ! Si nos ancêtres avaient confié leurs enfants et leur avenir au gouvernement britannique plutôt qu’à leur Église – parce que c’était ça l’alternative – que serait-il arrivé ? Serions-nous seulement là aujourd’hui pour en témoigner ? Non, conspuer the Priest-ridden Province, ce n’est rien d’autre qu’assumer la petitesse d’une élite ingrate, ce n’est que reconduire le triste conditionnement qui nous entrave, qui nous paralyse collectivement. Vous n’y croyez pas ? Écoutez, après avoir su construire ou reconstruire tant et tant dans les années ’40, ’50 et ’60, on peine aujourd’hui à établir un simple hôpital universitaire… ce n’est tout de même pas normal.

Mais soyons clair, se reconnaître Canadien-Français n’est pas idéaliser le passé, ce n’est pas condamner la modernité. Le national transcende le social et le politique, il n’a pas à être de gauche ou de droite, traditionnel ou progressiste. Et puis, ce n’est qu’un préjugé grossier, libéral dirais-je, qui fait du Canada-Français un pays où on méprisait l’esprit et le progrès. Car en fait, si on y regarde de près, le Québec moderne dont on est si fier ne peut être apparu par enchantement en 1960 : ce sont les Canadiens-Français qui l’ont construit ! Ils l’ont fait à force d’entraide et de coopération et ce, sans appui du grand capital. Pensez seulement aux sacrifices qu’il a fallu faire pour soigner et instruire une population en si rapide croissance. Pensez que pour financer notre développement, pour avoir plus large accès au crédit, il a fallu créer des caisses populaires dans des sous-sols d’églises. Ne comprenez vous pas qu’un tel peuple fut véritablement solidaire ? Une solidarité dont il faudrait nous inspirer en ces temps présents. Ne comprenez-vous pas que les Canadiens-Français furent et demeurent dignes de respect ? Ne comprenez-vous pas que, Canadiens-FrançaisNOUS sommes dignes de respect ? Si je ne suis pas seul à le croire, il faut se rassembler, il nous faut reprendre le fil de notre histoire où nous l’avons laissé en 1968. Ensemble, il nous faut réclamer notre nom et notre identité, renouer fièrement avec nos origines, en appeler des droits de nos ancêtres, de NOS DROITS. Pour cela, mettre sur pied un centre identitaire dédié à la mémoire et aux intérêts des Canadiens-Français. À la fois centre de référence et société nationale. De nouveau pouvoir partager – et transmettre – un véritable sentiment national puis un jour peut-être, forts d’une conviction retrouvée, combattre dans l’arène politique jusqu’à la reconnaissance d’un État national. Est-ce illusoire ? Peut-être pas. Le succès extraordinaire de la chanson Dégénération chantée par Mes Aïeux est un signe que nous avons soif d’appartenance et de filiation. La surprenante popularité de l’ADQ aux élections de 2007, au moment où ce parti a donné l’impression, tout juste l’impression, de défendre les intérêts de la majorité francophone, suggère que cette majorité est toujours consciente d’elle-même. Il ne lui manque qu’une identité forte, exempte de mauvaise conscience, à la fois incarnée dans l’histoire et dans le sol, cette identité canadienne-française que nous pouvons lui redonner.

Ce sera certes difficile. 40 ans d’hypocrisies et de mensonges péquistes ou libéraux auront laissé des préjugés profonds dans les têtes et dans les cœurs. Soyons certains aussi que l’establishment souverainiste se déchaînera contre nous. Dites-vous bien cependant que les Canadiens-Français en ont vu d’autres depuis 1760. Des détracteurs, des mange-Canayens, ils en ont connus, mais en définitive, ils ont toujours refusé de disparaître. C’est le peuple qui a su résister à toutes les tentatives d’assimilation et même si le nationalisme québécois s’avère la plus insidieuse d’entres elles, il est maintenant possible d’en montrer la vraie nature. Après autant d’échecs politiques, avec l’anglicisation de Montréal, avec ce peu de considération qui reste envers le bien commun, avec cette indifférence et ce cynisme qui grandissent sans cesse, qui peut nier que le nationalisme québécois mène à la catastrophe ?

Si seulement les nationalistes des Crazy Sixties pouvaient reconnaître leur erreur, s’ils pouvaient avouer s’être abusés. Ils ont cru naïvement, comme cet empereur du conte d’Andersen, qu’il ne fallait que de nouveaux habits pour devenir exceptionnel, pour enfin avoir « dit oui à [s]a naissance ! ». Mais aujourd’hui, qui donc peut le croire ? Toi Miron, le pourrais-tu ? Les habits neufs n’existent pas, on ne sait même plus à quoi les faire ressembler. Quant à nos antiques défroques, elles ont été bradées, dispersées : elles constituaient ni plus ni moins que le capital, le vieux gagné identitaire de 10, de 12 générations ! Regardez les boomers, ils sont nus, sans autre chose à transmettre que leur pauvre satisfaction d’être et d’avoir été. Et comme cet empereur orgueilleux et stupide, ils s’entêtent à vouloir donner le change : Le PQ, 40 ANS DE VICTOIRES ! Dieu ! Leur sinistre forfanterie n’aura-t-elle jamais de fin ?

Dire qu’au soir du référendum de 1995, Jacques Parizeau fut près de lâcher le morceau. Car c’est bien aux Canadiens-Français qu’il tenta alors de s’adresser. C’est à nous qu’il voulut dire de se retrousser les manches, de ne plus compter sur les autres ou sur les puissances d’argent : pour construire son indépendance, on ne doit jamais compter que sur soi. Le masque tombait enfin, mais pas pour longtemps. Péquistes et fédéralistes, ils ont crié au racisme. Péquistes et fédéralistes, ils en ont tiré prétexte pour accélérer notre dénationalisation. Et ce fut là le test ultime. Si le nationalisme québécois était autre chose qu’une imposture, Jacques Parizeau aurait su se battre, il aurait pu trouver la force de faire face à la tempête. Mais non, tout ce que ce nationalisme lui aura permis de nous offrir en héritage, c’est encore cette bonne vieille incapacité à nous assumer, particulièrement dans la défaite. Si seulement il s’était fait confiance, si seulement il nous avait fait confiance…

N’est-ce pas là le plus difficile dans le fait d’être Québécois : toujours ravaler la défaite mais sans même se l’avouer, ne jamais assumer ce que l’on pense vraiment de peur d’être pris en défaut, d’être marginalisé, de nuire à sa cause ou à son avenir. Savoir certes dans le privé, dans le cercle restreint d’un blog, d’un colloque, d’une revue, savoir mieux que quiconque ce qui ne va pas, être jaloux de ses précieuses théories, s’en repaître, s’y complaire, en faire même profession parfois, mais sans agir vraiment, sans se confronter à la réalité, sans jamais aller jusqu’au bout.

Être Québécois, c’est n’avoir en partage que la rancœur de l’impuissant.

Et puis l’oubli, l’oubli dans la quête du confort, de la réussite personnelle, de la santé éternelle, de l’humour obligé, l’oubli dans la mise en abîme télévisuelle de notre propre abrutissement quand bien même nos fils se suicideraient, quand bien même nos filles avorteraient, quand bien même le Québec finirait par tuer tout espoir.

Mais à l’inacceptable, nul n’est tenu.

Dussé-je être le dernier Canadien-Français, je serai celui là. Je le dois à mon père et ma mère qui m’ont transmis la fierté de mes origines, à tous ces aïeux qui, dans la misère et la peine, mais avec foi et conviction, on fait de rien un beau pays. Un pays qu’ils ont su tenir envers et contre tous, contre le plus grand empire que la terre ait porté ! Je le dois à ce grand-père légendaire posté sur la rive du grand fleuve, noble vieillard appuyé sur son fusil qui n’a jamais désespéré voir revenir les vaisseaux du Roi. Je le dois à tous ceux qui, de générations en générations, ont pourfendu les tricheurs, les naufrageurs, les perdants de la nation : ces misérables qui, hier comme aujourd’hui, mais toujours plus retors et plus vils, nous font prendre des vessies pour des lanternes, des défaites pour des victoires, des lâchetés pour la vertu. Je le dois même à cet autre vieillard, président-roi de France, venu pour nous reconnaître enfin, mieux que quiconque. Mais je le dois surtout à mon fils, afin qu’il puisse grandir la tête haute, libre de cette absurde haine de soi, de toute cette haine qui nous ronge l’âme depuis la Conquête, depuis que s’impose à nous the Province of Quebec.

Pour tout dire, je le dois aux miens et à ma « race de monde ».

Suis-je le seul ?

~~~~~~~~~~+~~~~~~~~~~

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3 commentaires pour Le nationalisme québécois : 40 ans d’imposture !

  1. Artisan Canadien dit :

    Bravo! j’espère qu’un maximum de canadiens (les vrais) vont lire ce texte et que cela les sortira de leur torpeur et de leur apathie. L’ère des idéologies est dépassé commence celle des identités, il est temps que nous reprenions la notre.

  2. André Lemelin dit :

    Ayant lu cela, cette noble affirmation de la fierté d’un peuple, je m’étonne que vous n’osiez signer de votre nom véritable.

    • Canada Libre dit :

      Vous vous adressez probablement à « Robert Chevalier de Beauchesne » mais je vous répond que chacun a droit à sa vie privée et que la cause est trop grande pour la réduire à soi-même.

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